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Interview : The Strypes « On n’aime pas trop la musique artificielle »

The Strypes

Il ne jurent que par les Yardbirds, Dr. Feelgood et les Rolling Stones, même si l’âge combiné du quatuor est égal à celui de Mick Jagger. Rencontre avec la moitié des blues-punk rockers Irlandais, Evan (batterie, 16 ans) et son acolyte le chanteur Ross Farrelly qui vient de fêter ses 15 ans.

LeRock : Comment sont nés les Strypes ?

Evan Walsh : Je connais Pete (O’Hanlon) et Josh (McClorey) pratiquement depuis ma naissance. Nos parents se connaissaient, on traînait déjà ensemble tout petits, puis nous nous sommes retrouvés en école primaire. Mes parents avaient une énorme collection de classic rock des années 1960 et 1970 et des disques de blues des années 1950. On passait notre temps à les écouter, et ça nous a donné envier de jouer. Au début, on jouait simplement pour s’amuser, puis un jour, il y a un peu près trois ans, on s’est vraiment mis à faire de la musique. Il ne nous manquait qu’un chanteur.

Avez-vous passé beaucoup de temps à apprendre à jouer de vos instruments ?

Ross Farrelly : Quand on a commencé, on répétait plus de 8 heures par jour. C’était pendant nos vacances, je vous rassure (rires) !

Comment définiriez-vous le son des Strypes ?

Evan Walsh : Le son des Strypes, c’est du rhythm’n’blues avec une injection de rock des années 1950 et du pub-rock dans le genre de Dr. Feelgood, Rockpile et un peu du Jam des débuts. Ce sont nos influences principales. Le deep blues des années 1960 comme celui des Rolling Stones ou des Yardbirds occupe aussi une grande place, ce qui nous amène aux pionniers du blues : Bo Diddley, Howlin’ Wolf… La liste est longue.

Vous possédez beaucoup de disques dans le groupe ?

Ross Farrelly : Oui, on est pas mal branchés vinyles.

Evan Walsh : On utilise tous les formats, tout dépend de l’endroit où on se trouve. À la maison, c’est le vinyle pour le son et l’artwork. Sur la route, ça sera le CD car c’est pratique et dans la rue, ça sera le MP3.

Parlez-nous de votre premier album, Snapshot, qui sort le 9 septembre.

Evan Walsh : L’idée était de capturer le feeling de nos performances live. On reprend quelques titres de notre set habituel, plus des compositions écrites et chantées par Ross. Nos albums préférés sont Down By the Jetty de Dr. Feelgood et le premier LP des Rolling Stones. Ils ont été enregistrés live dans le studio à partir de leurs sets live avec très peu d’overdubs.

 The Strypes1

En France, si on faisait un sondage dans un collège ou un lycée, une majorité des élèves écouterait du hip-hop ou de la dance et un quart à peine écouterait du rock. Est-ce la même chose en Irlande ?

Evan Walsh : Le hip-hop et la pop sont majoritaires. Très peu de nos camarades écoutaient la même musique que nous. On rejetait tous les boys band et les synthétiseurs (rires).

Ross Farrelly : On n’aime pas trop la musique artificielle, toute cette pop qui attire les jeunes de notre génération. On est passés au travers en jouant nous-mêmes de nos instruments et en composant et interprétant nos propres chansons.

Si on faisait écouter toute la journée Bo Diddley et les Yardbirds à des filles de 12 ans, pensez-vous qu’elles iraient acheter leurs disques ?

Evan Walsh : Les gens prennent ce qu’on leur donne. Aujourd’hui, ils n’ont que The Voice et ce qu’ils entendent à la radio à longueur de journée. Ils ne feront pas l’effort d’aller voir ce qui se passe plus loin. Mais si les maisons de disques claquaient des doigts et décidaient de passer les Yardbirds et Bo Diddley sur les grandes stations, cette musique serait populaire à nouveau, et d’autres groupes auraient envie de jouer cette musique. J’en suis persuadé.

Propos recueillis par Guillaume Lutreze

 The Strypes Snapshot (Mercury/Universal)

 

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Festivals : 7 questions à… Jesse Hughes d’Eagles Of Death Metal

C’est presque la fin de l’été, et donc (malheureusement) la fin des festivals… Le Rock vous propose à cette occasion de revenir sur quelques interviews d’artistes rencontrés backstage!

L’année dernière, nous avions questionné Jesse Hughes, le chanteur déjanté d’Eagles Of Death Metal juste avant son show à Rock En Seine. De ses souvenirs de festivals, à ses rituels avant d’entrer sur scène, en passant par sa vision de Woodstock, Jesse Hughes dit tout! (Crédits Photos Boris ALLIN)

Jesse Hugues 3 (crédit Boris ALLIN)

Crédit Photo : Boris ALLIN

Tu te souviens de ton premier festival ?

Oui mon tout premier festival c’était lorsque j’ai regardé mon père jouer dans The Marshall Tucker Band lorsque j’avais 3 ans. Mais le premier festival dont je me souviens j’avais 5 ans et j’ai vu The Allman Brothers et Kiss pour la première fois, c’était génial. Et si tu fais attention, tu verras que la plupart de ce que je fais pendant les concerts vient de Kiss. Mais sans maquillage (rires).

Y-a-t-il un festival où tu préfères aller ?

Je ne retourne que dans les endroits où j’ai envie de revenir, et je ne dis pas ça parce que tu es ici, mais j’adore ce festival, c’est facile pour moi d’y revenir. C’est tellement beau, tu as les artistes ici, la presse là-bas, ce n’est qu’un seul monde. Tout est centralisé, c’est organisé de façon communautaire, l’ambiance est à la camaraderie… Et tout le monde parle français, ce qui n’est absolument pas un problème pour moi (rires). Sinon j’aime les festivals Norvégiens, on pourrait croire que je viens de là-bas quand on me regarde, je dois avoir du sang de viking en moi (rires).

Le son d’Eagles Of Death Metal est très ancré dans les 70’s, est-ce que tu aurais aimé vivre à l’époque de Woodstock ?

J’aurais aimé joué quatre ans après Woodstock quand toutes les filles étaient prêtes à se mettre à genoux, si tu vois ce que je veux dire (rires). On dirait que la plupart des stars qui étaient à Woodstock sont devenues des sources d’énergie qui nous permettent de nous recharger aujourd’hui. J’aurais vraiment voulu être possédé par les mêmes démons… Au lieu d’être un magicien, j’essaye d’être un sorcier.

Si tu devais remonter dans le temps et aller dire un mot aux gens de Woodstock tu leur dirais quoi ?

Je leur mettrais des claques à tous et je leur dirais « réveillez-vous, vous avez juste envie de prendre des drogues et baiser, vous n’en avez rien à foutre des guerres ! » mais je finirais par les remercier pour nos racines, on sait d’où on vient grâce à ça. Tout vient de Woodstock, tout le monde veut être Woodstock. Mais c’est normal, qui refuserait d’aller au paradis ? A moins que l’enfer ne soit vraiment cool (rires), à ce moment-là je serai sur la plage, juste à côté du lac de feu même s’il fera probablement plus chaud pour moi que pour n’importe qui d’autre, j’ai des dettes avec le Bon Dieu ! (rires)

Jesse Hugues 2 (crédit photo Boris ALLIN)

Crédit Photo : Boris ALLIN

Est-ce que tu as encore le trac quand tu joues devant tous ces festivaliers ?

Je n’ai jamais eu le trac avant de monter sur scène, espérons que ça continue ! Quand tu vends du matos de merde tu dois travailler dur, mais quand tu vends du Sony c’est toujours plus facile, tu vois ce que je veux dire ? Pour moi je ne fais rien d’original, je joue juste du bon vieux rock’n’roll, mais je m’inspire de ce qu’il y a de meilleur donc je me sens en confiance. Comment dire non à show amusant ?

Tu as un rituel avant de monter sur scène?

Je suis superstitieux car je suis religieux, mais je suis très conscient du fait que si tu mets trop de pouvoir dans un objet et que tu le perds, tu merdes. Mon amulette magique, c’est mon cœur. Tu dois retirer mon putain de cœur si tu veux arrêter la magie. Si tu mets le pouvoir dans ta copine par exemple, que tu la rends responsable des bonnes choses qui t’arrive et que tu la perds parce que tu as merdé… eh ben là tu es vraiment dans une sale position.

Tu aurais une anecdote à nous raconter ?

Je me rappelle de la toute première fois où je me suis fait tailler une pipe rock’n’roll en coulisses. C’était un festival en Angleterre, j’ai demandé à un mec de surveiller la porte et quand nous sommes sortis de la salle de bain, il s’est avéré que la fille avec qui je fricotais était sa copine ! Le soir d’après nous devions jouer en live à la télé, et vu que c’était mon technicien, il m’a complètement fait merder… J’ai baisé sa copine, il m’a baisé, tout le monde a baisé tout le monde (rires).

Propos recueillis par Clara Lemaire

Jesse Hugues 4 (crédit Boris ALLIN)

Crédit Photo : Boris ALLIN

Interview : Le monde parfait de Kodaline

Kodaline Paris,Sony Musique, 01/03/2013 Sabrina Mariez

 Steven Garrigan (chant) et Mark Prendergast (guitare) sont épuisés, mais heureux. La veille, Kodaline donnait son premier concert français dans une Maroquinerie parisienne ultra-réceptive à la pop électrco-romantique du quatuor Irlandais. Formé à Dublin en 2007, Kodaline a dominé les charts nationaux en 2007 avec leur premier single « Give Me a Minute » sous le nom 21 Demands, avant de se rebaptiser en 2011 sous une appellation énigmatique à prononcer à l’anglaise (Kodalaïne). « C’est très dur de trouver un nom de groupe aujourd’hui », explique Steve. « Il y a environ 200 groupes du même nom, et Kodaline ne ressemble pas aux autres ». « Ce n’a pas vraiment de sens, mais on adore quand les français le prononcent. Kodaliiine (rires). On adore ! Et Kodaline n’est pas un médicament non plus », précise Mark.

In a Perfect World, leur premier album, s’aligne sur une pop-rock mélodique proche de l’univers de Coldplay ou des Stereophonics. Mais lorsqu’on leur pose la question, Steve et Mark se lancent dans un namedropping plutôt éloigné des ballades lyriques et radiophoniques de Chris Martin et Kelly Jones : « Nous avons chacun nos propres goûts, mais je dirais les Beatles, Radiohead, les Strokes, Daft Punk, LCD Soundsystem et nous avons eu une grosse période Talking Heads, juste après notre période Thin Lizzy ! ». Autant de références cultes pour une écriture inspirée par les événements du quotidien. « Chaque chanson évoque un événement précis que nous avons vécu, et le moyen le plus simple de l’exprimer, c’est en étant direct. « Talk », par exemple, relate une séparation récente », explique Mark. Dans un registre plus amusant, l’enregistrement d’In a Perfect World a été marqué par d’étranges incidents à caractère ésotérique. « On a enregistré l’album dans le studio où ont été enregistrés « Bohemian Rhapsody » de Queen et What’s the Story ? Morning Glory d’Oasis », raconte Mark. « Le studio était hanté. On n’a pas vu de fantôme, mais le couple qui vivait dans la maison d’à côté en avait vu plusieurs fois. Quand on a su ça, on a tous fait des rêves bizarres avec ce studio. Je ne suis pas somnambule, mais je me suis réveillé dans une rue de Brighton en caleçon à trois heures du matin ! ». On retrouve ces fantômes, entre autres tourments, dans In a Perfect World, que Kodaline défendront cet automne sur les scènes d’Europe.

Avant de se quitter, LeRock pose une dernière question au binôme irlandais : De quoi serait fait le monde parfait de Kodaline ? « Ce serait un monde où le groupe pourrait continuer à faire de la musique, même si on n’a pas de succès. J’aimerais tourner et voyager sans arrêt, rencontrer de nouveaux amis… », s’enthousiasme Mark. Le souhait le plus cher de Steve serait « que notre musique soit entendue par le plus de monde possible, et puis que chacun fasse ce qu’il en veut. »

Kodaline In a Perfect World (B-Unique/RCA Victor/Sony Music) Sortie le 10 juin

Interview : Miles Kane dévoile les 11 titres de Don’t Forget Who You Are

Miles Kane

 Quelques heures avant son concert explosif à La Maroquinerie de Paris, la moitié des Last Shadow Puppets dévoilait pour LeRock les 11 titres de Don’t Forget Who You Are, son excellent deuxième album qui paraîtra le 3 juin.

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LeRock : Miles, Don’t Forget Who You Are est ton deuxième album solo, mais si on compte ceux que tu as enregistré avec les Little Flames, les Rascals et les Last Puppets, tu en es déjà à ton cinquième !

Miles Kane : Oui, je sais, c’est dingue, j’ai l’air d’un vétéran à 27 ans (rires) ! Les choses ont changé depuis mes débuts. Je cherchais encore mon chemin sur Colour of the Trap, mon premier album. Cette fois, je l’ai trouvé et j’en ai profité pour accumuler de nouvelles choses en me baladant.

 
01/ « Taking Over »

L’idée était de mélanger T. Rex et les Beatles sur ce morceau. J’adore les rythmiques glam (il tape le rythme sur la table) et « Taking Over » démarre sur genre de rythme avant de déboucher sur un refrain très mélodique, un peu à la Paul McCartney. En studio, on a beaucoup travaillé la transition entre le couplet et le refrain, mais on y est arrivé. Cette chanson parle de ce qui t’arrive quand tu n’arrives pas à te sortir une fille de la tête une fois que la relation est terminée. Un truc que tout le monde a vécu, j’imagine.

 

02/ « Don’t Forget Who You Are »

La phrase « Don’t let your worries bring you down » résume l’esprit de l’album, et aussi une partie de ma personnalité. Je l’ai écrite en une après-midi, et les membres du groupe l’ont tout de suite trouvée cool… Parfois, je suis un type sûr de lui, qui sait ce qu’il veut, mais à d’autres moments, j’ai tendance à trop me prendre la tête sur des choses qui n’en valent pas la peine. Je me fais souvent du mal pour rien.

 

LeRock : Il est aussi question d’humilité dans cette chanson.
Miles Kane 
: Oui, il faut toujours savoir d’où l’on vient. Sur la pochette de l’album, on voit ma mère et son stand de boucherie du marché. J’ai travaillé là-bas, et c’était cool… Peu importe tes expériences, il faut rester fidèle à ce que l’on est. J’ai vu plein de gens perdre la tête à cause de la célébrité, et souvent sans rien faire. Le pire, ce que les kids trouvent ça normal. Bien sûr, la célébrité a quelque chose d’agréable, je ne vais pas te mentir, mais il ne faut pas tomber là-dedans non plus.

 

03/ « Better Than That »

C’est un des titres les plus positifs de l’album, une pop song énervée et catchy. Tu peux l’écouter avec tes potes quand tu en as marre de tout. J’ai hâte de la jouer dans des petits clubs. On y trouve tout ce que j’aime, avec des références à James Brown, et même Brigitte Bardot ! J’aimerais bien la sortir en single.

 

04/ « Out of Control »

Une ballade qui sera le prochain single. Il y a un an et demi, je suis tombé amoureux pour la première fois, et j’ai eu l’impression d’entrer dans un voyage vers l’inconnu. Cette chanson parle de ça. Elle est très romantique, et j’adore les arrangements de cordes qui me font penser à « The Drugs Don’t Work » de The Verve, mais si les paroles racontent quelque chose de complètement différent.

 

05/ « Bombshells »

L’intro sonne comme les Who, non (rires) ? On est un peu dans le punk et j’aime bien la ligne « I want excitement/I need a cure, but I’m not secure », ça me ressemble beaucoup aussi. J’aimerais bien démarrer les concerts avec « Bombshells », et pourquoi pas avec une intro de 20 minutes (rires) !

 

06/ « Tonight »

Un autre morceau très agressif dans l’esprit garage. Le couplet s’adresse a quelqu’un qui t’a fait du mal, ou une fille qui a couché avec un autre type. Mais dans le refrain, je chante « Tonight is our night, and let’s forget all our fuckin’ doubts ». Ca peut paraître un peu cliché, mais c’est comme ça. Cette chanson est parfaite pour la scène, c’est le moment de lever les bras en l’air !

 

07/ « What Condition Am I In »

Le titre s’inspire de la chanson de Kenny Rogers « Just Droppend In (To See What Condition My Condition Was In) ». Je l’ai transformé à ma manière, et c’est une fois encore une chanson qui te dit que ça ne sert à rien de ressasser les choses, et encore moins après une nuit arrosée…

 

08/ « Fire in My Heart »

Une ballade que j’ai écrit avec Paul Weller. C’est un bon ami, et aussi quelqu’un de très humble. Il sait que je suis quelqu’un de volontaire, et il me respecte pour ça, et ça me donne de la confiance en retour. « Fire in My Heart », c’est une chanson de cow-boy qui boit son whisky dans un bar à une heure du matin, avec un type qui joue du piano derrière lui. J’aimerais bien la chanter ivre !

 

09/ « You’re Gonna Get It »

C’est la première chanson que nous avons écrite pour cet album. Il n’y avait que Paul, moi et Jay, le batteur, dans le studio. Ca s’est passé très vite, aussi bien pour la musique que pour le texte. C’est une fuck-you song

 

10/ « Give Up »

« Give Up » est la fois pop et heavy. Elle ressemble un peu au style de Jack White, et je l’imagine très bien en train de la chanter. Ce titre décrit l’idée de contrôler une relation amoureuse. On essaie de prendre le pouvoir, de tout contrôler, mais à un moment, on se rend compte qu’il faut lâcher prise.

 

11/ « Darkness in Our Hearts »

Dans le refrain, je chante « Don’t let the darkness fill your heart ». J’avais cette phrase en tête depuis des années. Tout le monde possède une part de noirceur au fond de lui, quelque chose qui le pousse à la dépression ou à faire des choses stupides ou dangereuses. On ne peut pas lutter contre ça, mais c’est aussi ce qui fait de nous des êtres complexes. « Darkness in Our Hearts » est quand même une chanson positive. Elle se termine par la phrase « You’ve got to be ready for it » chantée en boucle, car c’est à chacun de décider de la suite. Musicalement, c’est comme une explosion, et c’était le meilleur moyen de terminer l’album. Bang !

 
Miles Kane Don’t Forget Who You Are (Columbia/Sony Music). Disponible le 3 juin. En concert à Paris (Olympia) le 30 octobre.

Interview : Jake Bugg « L’âge, c’est juste un numéro »

 

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À 18 ans à peine, le jeune Anglais a publié en début d’année un premier album aussi mature que prometteur. Rencontre avec une des révélations de 2013, à la veille de sa première grande tournée européenne.

Si les statistiques s’en étaient mêlées, il y aurait eu de fortes chances pour que Jake Bugg porte des pantalons baggy et une casquette de street designer en faisant grésiller du hip-hop dans son casque MP3. À 18 ans, le lad originaire des quartiers gris de Clifton ressemble davantage au 5ème membre des Arctic Monkeys : il préfère porter une parka à la Liam Gallagher sur une paire de jeans slim et citer Bob Dylan, Donovan et Johnny Cash comme influences principales de son premier album éponyme. « Dès que j’ai empoigné une guitare, j’ai su que c’était ça que je voulais faire. On m’a donné ma chance, j’y suis allé. L’âge, c’est juste un numéro », soupire Jake Bugg entre deux cigarettes sans se rendre compte qu’il cite un tube R&B d’Aaliyah. C’est en regardant un épisode des Simpson où Don McLean interprète le génial Vincent que Jake a buggé. Le début d’un voyage musical à rebours via YouTube, la radio et les discothèques de ses amis. « J’ai remonté le fil comme ça, puis vers 12,13 ans, mon oncle m’a donné une guitare acoustique et j’ai appris à jouer des morceaux de Jimi Hendrix et Robert Johnson. J’adore jouer du blues. Le Blues est un bon moyen d’exprimer ses sentiments. » 

Des sentiments, les textes autobiographiques de Jake Bugg en débordent, des amours perdus de Note To Self à la violence périurbaine de Seen It All, témoignage cru d’une rixe sanglante à la sortie d’un club. « J’étais là ce soir-là, c’était plutôt hardcore. La plupart de mes textes proviennent de mes expériences personnelles, mais en tant que songwriter, je m’efforce de faire travailler mon imagination, comme dans The Ballad Of Mr Jones où je raconte le procès d’un innocent. Je parle aussi des drogues douces, de mes anciennes copines… Tout ce qu’un gars de 18 ans doit raconter, non (rires) ? ». Outre-Manche, l’authenticité de Jake Bugg et ses arrangements pop/folk qui empruntent aussi bien aux premiers albums unplugged de Dylan qu’au néo-skiffle de The Coral sont déjà loués par Noel Gallagher, Lilly Allen et les membres de Coldplay. Sur scène, Jake Bugg est aussi un performer à suivre. « Quand je joue, dans les premiers rangs, il y a surtout des filles de 13-14 ans. Au fond, on trouve plutôt des types plus âgés qui écoutent en croisant les bras », s’amuse Jake en analysant le public de ses premiers concerts anglais. À la veille de la sortie européenne de son premier album et une tournée marathon qui passera par la France cet été, Jake Bugg a-t-il un plan de carrière ? « Je veux juste enregistrer d’autres albums et pouvoir vivre confortablement de ma musique. J’ai déjà fait pas mal de choses vu que je n’aurais jamais imaginé : sortir un album aussi tôt, me retrouver en première partie de Noel Gallagher, jouer à Glastonbury… Mais je sais aussi que ce n’est que le début du chemin…».

Jake Bugg (Mercury/Universal). En tournée française (Festival Beauregard, Hérouville le 7 juillet, Festival Les Déferlantes, Argelès le 9 juillet) et en concert à Paris ‘L’Olympia) le 21 novembre.

Interview : Best Coast et son summertime blues


The Only Place, le deuxième album du duo Californien, est une merveille de sunshine pop Spectorienne.

En 2010, l’épatant Crazy For You avait introduit les chansons sous influences de Bethany Cosentino et de son acolyte multi-instrumentiste Bobb Bruno. The Only Place perpétue aujourd’hui un certain goût pour les girl-group des années 1960 et la sunshine pop, mais quelque chose a changé. Bethany Cosentino : « Crazy For You avait été écrit du point de vue d’une fille plus jeune. Il est plus fun et insouciant, alors que The Only Place est plus profond et adulte. Il y a encore des histoire de garçons et de filles, mais quelques problèmes existentiels sont venus se greffer entre-temps. Nous avons beaucoup tourné après Crazy For You et c’est toujours pénible de se retrouver loin de chez soin, de ses amis et de sa famille. On s’est pas arrêtés pendant deux ans et c’était très dur. » Capturées dans le fameux studio B des studios Capitol de Los Angeles, celui ou Frank Sinatra swinguait avec Nelson Riddle et où les Beach Boys gravaient leurs chef-d’oeuvres, les pop-songs nostalgiques de The Only Place frappent droit au cœur en incarnant les défis adolescents, l’amour perdu et les lendemains ensoleillés. « L’ambiance de la Californie du Sud et la musique à laquelle on l’associe sont une grande source d’inspiration. J’adore les Beach Boys, Fleetwood Mac, mais aussi la situation géographique et le climat californien. Passer de la mer à la montagne et se réveiller par un matin ensoleillé peut aussi booster votre créativité. »

La présence aux manettes de Jon Brion, dont Bobb Bruno avait été l’assistant, catapulte Best Coast vers l’excellence. Le génial producteur de Fiona Apple s’est affranchi des saturations de Crazy For You pour mieux remplir l’espace d’harmonies célestes. « Jon avait adoré Crazy For You, mais il n’arrêtait pas de nous dire qu’il aurait aimé modifier des choses ici et là. Il a apporté ses vieux orgues et ses instruments-jouets, ce qui a complètement changé le son. Sur le premier disque, je n’avais utilisé qu’une seule guitare. Cette fois, j’en ai eu dix ! ». Quand on aime…

Best Coast The Only Place (Wichita/PIAS). Dispo le 28 mai.

Interview : Gaz Coombes « Des sons bizarres dans ma tête »

Désormais en mode solitaire, l’ex-Supergrass s’affranchit de la power-pop Oxfordienne avec Here Come The Bombs, un premier album solo marqué du sceau du renouveau et de l’expérimentation.

La pelouse ensoleillée et l’énorme panneau des Beatles traversant Abbey Road lui semblent familiers. Par un curieux hasard promotionnel, on retrouve Gaz Coombes dans les jardins la maison de disques où les bien-aimés Supergrass avaient l’habitude de venir défendre leurs derniers albums face à la presse. En 2012, les temps ont changé, et si Gaz arbore toujours ses impressionnantes côtelettes capillaires, l’ancien Supergrass opère aujourd’hui en solo et publie son premier album, Here Come The Bombs. Alors Gaz, la solitude ? « Ce n’est pas comme ça que j’envisage les choses », répond l’homme-orchestre aujourd’hui âgé de 36 ans. « Je vis très bien cette nouvelle expérience. J’avais besoin de ce renouveau après avoir passé près de vingt ans dans un groupe. Je serai toujours très fier de Supergrass, mais certaines choses commençaient à me peser, notamment les réunions incessantes. Ce n’est pas mon job de discuter pendant des heures de la couleur de la pochette d’un disque ! ».


Conçus comme la bande originale d’un film imaginaire (« un croisement de Blade Runner et de Docteur Folamour » selon Gaz Coombes), Here Come The Bombs et ses 11 titres sous fortes influences glam et Kraftwerkiennes ont été écrites et enregistrées au lendemain des sessions avortées de Release The Drones, le 7ème album fantôme de Supergrass. Mais si certaines plages portent la marque du trio Oxfordien, Gaz Coombes reconnaît avoir poussé le curseur expérimental de plusieurs crans. Il en profite également pour dénier son ancien rôle de songwriter en chef : « Chacun contribuait de manière plus ou moins importante sur nos disques, et je n’ai rien mis de côté pour mon album solo. 95% des compositions sont récentes, même si j’avais quelques idées et de vieux accords en stock », explique Gaz Coombes en insistant sur l’importance des boucles de batterie et autres synthétiseurs analogiques dans un ensemble inspiré des travaux de Brian Eno (période Another Green World) et « des sons bizarres dans ma tête. » Désormais accompagné des Bombs, son groupe de scène dans lequel on retrouve son frère Charly aux claviers, Gaz Coombes a retrouvé la route depuis le début de l’été et songe déjà au choix des reprises (les Beach Boys ? Scott Walker ?). Avant même qu’on lui pose la question, Gaz anticipe : « Je ne jouerai pas de chansons de Supergrass. Du moins, pas tout de suite… ».

Gaz Coombes Here Come The Bombs (Hot Fruit/EMI). Dispo depuis le 21 mai.